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<title>Les Comédies et les Tragédies corrompent les mœurs bien loin de les réformer.
La représentation qu’on fait des Comédies et des Tragédies sur les Théâtres
publics en augmente le danger. On ne peut assister au spectacle sans péril
</title>
<author key="Lamy, Bernard (1640-1715)" ref="https://data.bnf.fr/fr/12094341/bernard_lamy/">Bernard Lamy</author>
<editor key="Lecercle, Doranne">Doranne Lecercle</editor>
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<edition>OBVIL</edition>
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<name>François Lecercle</name>
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<publisher>Sorbonne Université, LABEX OBVIL</publisher>
<date when="2019"/>
<idno>http://obvil.sorbonne-universite.fr/corpus/haine-theatre/lamy_comedies-et-tragedies_1668</idno>
<availability status="restricted">
<licence target="http://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/3.0/fr/"><p>Copyright © 2019 Sorbonne Université, agissant pour le Laboratoire d’Excellence «
Observatoire de la vie littéraire » (ci-après dénommé OBVIL).</p>
<p>Cette ressource électronique protégée par le code de la propriété intellectuelle
sur les bases de données (L341-1) est mise à disposition de la communauté
scientifique internationale par l’OBVIL, selon les termes de la licence Creative
Commons : « Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification
3.0 France (CCBY-NC-ND 3.0 FR) ».</p>
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toute utilisation commerciale est interdite.</p>
<p>Pas de Modification : l’OBVIL s’engage à améliorer et à corriger cette ressource
électronique, notamment en intégrant toutes les contributions extérieures, la
diffusion de versions modifiées de cette ressource n’est pas souhaitable.</p></licence>
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<author>Bernard Lamy</author>,
<title>« Les Comedies et les Tragedies corrompent les mœurs bien loin
de les reformer. La representation qu’on fait des Comedies et des Tragedies sur
les Theatres publics en augmente le danger. On ne peut assister au spectacle
sans peril », in <hi rend="i">Nouvelles Reflexions sur l’Art poëtique. Dans
lesquelles en expliquant quelles sont les causes du plaisir que donne la
Poësie, et quels sont les fondemens de toutes les Regles de cet Art, on fait
connoître en même têms le danger qu’il y a dans la lecture des Poëtes</hi></title>,
<pubPlace>Paris</pubPlace>,
<publisher>André Pralad</publisher>,
<date>1668</date>,
<biblScope>Seconde Partie, chap. X et XI, p. 185-200.</biblScope> PDF : <ref
target="http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k78216">Gallica</ref>.</bibl>
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<date when="1668"/>
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<div1 type="frontispiece">
<head rend="sc">[frontispice]</head>
<p rend="center"><hi rend="uc">Nouvelles<lb/> Reflexions<lb/> sur<lb/> l’Art poëtique.</hi><lb/> Dans
lesquelles en expliquant quelles sont<lb/> les causes du plaisir que donne la<lb/>
Poësie, et quels sont les fondemens de<lb/> toutes les Regles de cet Art, on fait<lb/>
connoître en même têms le danger<lb/> qu’il y a dans la lecture des Poëtes.<lb/><lb/> A PARIS<lb/>Chez <hi rend="sc">André Pralad</hi>,
ruë S. Jacques,<lb/>à l'Occasion.<lb/> M. DC. LXVIII.<lb/><hi rend="i"><hi rend="sc">avec privilege du roy.</hi></hi></p>
</div1>
<div1 type="chapter">
<pb n="185" xml:id="p185"/>
<head type="sur"><hi rend="sc">Chapitre</hi> X.</head>
<head type="main"><hi rend="i">Les Comédies et les Tragédies corrompent les
mœurs, bien loin de les réformer.</hi></head>
<p><hi rend="big">L</hi>’<hi rend="sc">Expérience</hi> a toujours fait connaître que
le Théâtre est une très méchante école de la vertu ; et que les moyens
que les Poètes semblent employer pour corriger les hommes de leurs vices, sont
plus propres à les y entretenir, qu’à les en délivrer<note n="a" place="bottom" resp="author"
> [NDA] <hi rend="i">Boèce</hi>.</note>.
« <quote>Assuefactio morbi, non liberatio.</quote> » Pour ce qui est de la
Comédie, les Païens même ont reconnu combien elle était dangereuse, et que
les jeunes gens ne devaient pas lire ces sortes d’Ouvrages, qu’après que leurs
mœurs seraient tellement affermies, qu’elles ne pourraient plus en être
blessées<note n="b" place="bottom" resp="author"> [NDA] <hi rend="i">Quintilien</hi>.</note>.
<pb n="186" xml:id="p186"/>« <quote>Cum res fuerint in tuto.</quote> » Il est bien vrai que l’on
y rend l’avarice ridicule, et que l’on y condamne les débauches des jeunes
gens et leurs folles amours ; mais ce n’est point par des railleries que
l’on détruit le vice, particulièrement celui de l’impureté ; ce mal est
trop grand pour être gueri par un remède si faible, et même souvent on prend
plaisir à s’en voir railler.</p>
<p>La raison et la Religion ne nous permettent pas de regarder simplement
l’impureté comme une chose ridicule ; elles veulent que nous en ayons
horreur, et elles demandent que nous en ayons tant d’éloignement, que nous
n’y pensions jamais. Ce n’est que par la fuite que l’on défait ce monstre ;
quelque mépris qu’on conçoive pour une action impure dont on voit la
représentation, cette vue est seule capable de porter à la commettre. « <quote>Discitur adulterium, dum videtur.</quote> » La pente que nous avons vers
les plaisirs est trop forte pour <pb n="187" xml:id="p187"/>être retenue par la seule honte,
et on espère toujours la pouvoir éviter par le secret, dont on tâche de
couvrir ses désordres aux yeux des hommes.</p>
<p>Outre cela, quoiqu’en disent les Poètes, leur dessein est plutôt de rendre le
vice aimable que honteux. Ils ne condamnent effectivement et ne rendent
ridicules que certains défauts moins considerables, comme l’humeur difficile des
vieillards, leur avarice, leur sévérité envers la jeunesse, leur facilité à se
laisser tromper. Mais l’impudicité règne dans leurs Ouvrages, quoi qu’elle y
paraisse sous les habits de la vertu. Car enfin l’Idole de la Comédie est
toujours un jeune homme qui est brûlé d’un feu criminel.</p>
<p>Par exemple, dans l’<hi rend="i">Andrienne</hi> de Terence, Pamphile entretient un très méchant
commerce avec Glycérie, qui accouche avant le mariage. Cependant le Poète qui
veut intéresser ses auditeurs dans la fortune de <pb n="188" xml:id="p188"/>Pamphile et de
Glycérie, fait paraître ces deux jeunes gens aimables ; il en fait à la
fois un monstre de vertu et de vice, ou plutôt un composé de vices effectifs
sous des vertus apparentes, pour le rendre aimable ; de sorte que bien loin
que des jeunes gens conçoivent de la honte de ces sortes d’amours, ils
souhaiteraient ressembler à ces deux amants, dont les amours réussissent.</p>
<p>Pour en donner de l’horreur, le Poète auroit dû, non pas feindre ces succès
imaginaires qui n’arrivent jamais ; mais rapporter simplement les malheurs
où s’engage infailliblement un jeune homme, qui se marie à l’insu ou contre la
volonté de ses parents. Ajoutons que l’on apprend dans les Comédies mille
mauvaises intrigues pour faire réussir ces mariages qui sont contre les Lois,
soit pour gagner, ou pour tromper un père ; et que l’on y tourne
toujours en ridicules ceux qui veulent corriger la <pb n="189" xml:id="p189"/>jeunesse, et
arrêter le cours de ses désordres.</p>
<p>La Tragédie n’est point si dangereuse que la Comédie ; mais elle l’est
néanmoins beaucoup. Les vices dont elle donne de l’horreur, paraissent horribles
d’eux-mêmes sans artifice. C’est un Œdipe qui tue son père, qui épouse sa mère.
La seule crainte des supplices rigoureux ordonnés par les Lois retient assez de
ce côté-là. Mais tous les autres vices, comme la haine, la vengeance,
l’ambition, l’amour, y sont peints avec des couleurs qui les rendent aimables,
comme nous avons remarqué.</p>
<p>Il est vrai que les Poètes ne louent pas ces vices, mais en louant les personnes
en qui ils se trouvent, et les couvrant de tant d’excellentes qualités, ils
font que non seulement on n’a pas de honte de leur ressembler, mais qu’on fait
gloire d’avoir leurs defauts, C’est ainsi que faisaient les disciples de Platon,
qui <pb n="190" xml:id="p190"/>contrefaisaient ses hautes épaules ; et ceux
d’Aristote, qui affectaient de bégayer comme lui. Nous nous imaginons facilement
que ceux qui remarqueront en nous ces mêmes défauts qui sont dans les grands
hommes, jugeront que nous leur sommes semblables en tout le reste.</p>
<p>Cicéron reprend les Grecs de ce qu’ils avaient consacré les amours impudiques des
Dieux, en faisant une divinité de Cupidon : et il dit qu’ils ne devaient
rendre ce culte qu’à leurs vertus. Lactance remarque fort bien que ce n’est
point assez, et qu’ils devaient entièrement quitter des Dieux vicieux qui
nuisaient plus par l’exemple de leurs désordres, qu’ils ne pouvaient être utiles
par l’exemple de leur vertu. Le mal a plus de force que le bien sur l’esprit de
l’homme, et s’il se trouve une personne qui imite quelqu’une des vertus des
Héros des Poètes, il y en a mille qui sont les imitateurs de leurs vices.</p>
</div1>
<div1 type="chapter">
<pb n="191" xml:id="p191"/>
<head type="sur"><hi rend="sc">Chapitre</hi> XI.</head>
<head type="main"><hi rend="i">La représentation qu’on fait des Comédies et des
Tragédies sur les Théâtres publics, en augmente le danger. L’on ne peut
assister aux spectacles sans péril.</hi></head>
<p><hi rend="big">L</hi>ES Poèmes Dramatiques sont plus dangereux que tous les
autres Ouvrages de Poésie ; parce qu’on les représente sur les Théâtres
publics. Ce que l’on voit faire touche bien d’avantage que ce que l’on ne fait
qu’entendre. Un Comédien lascif émeut les passions des autres, en feignant d’en
avoir lui-même. « <quote>Enervis<note n="a" place="bottom" resp="author"> [NDA] <hi rend="i"
>Minucius Felix</hi>.</note>
histrio, amorem dum fingit, infligit.</quote> » Lorsque ceux avec qui
nous conversons, expriment vivement leurs affections, ils nous les
communiquent ; <pb n="192" xml:id="p192"/>l’image de leurs actions, que nous voyons, le
son des paroles qu’ils prononcent d’un ton élevé, excitent en notre âme des
idées qui sont suivies des mêmes mouvements dont ils sont agités.</p>
<p>Comme la nature nous a faits les uns pour les autres, elle nous a liés par cette
sympathie ou communication réciproque de nos passions ; de sorte qu’une
personne vicieuse qui nous parle fortement, ne manque point de nous tourner
l’esprit et le cœur comme le sien, et par consequent de nous infecter de
son venin, à moins que nous nous tenions attachés à la vérité pour n’être pas
ébranlés par ses paroles, et que nous n’excitions en nous-mêmes des passions
opposées à celles qu’elle nous inspire. C’est pourquoi, comme Sénèque l’a fort
bien remarqué dans l’une de ses <note n="a" place="bottom" resp="author"> [NDA] <hi rend="i"
>Epist.</hi> 7.</note> Epîtres, il faut imiter ce que l’on voit
faire sur le Théâtre, ou <pb n="193" xml:id="p193"/>en avoir de l’aversion. Il n’y a point de
milieu, « <quote>necesse est aut imiteris, aut oderis</quote> ».</p>
<p>Or on ne va pas à la Comédie pour la censurer, et quand on y est, il est
difficile que l’on ne s’y laisse surprendre par le plaisir que l’on y trouve,
sous lequel les vices se glissent dans notre cœur. « <quote>Tunc enim per
voluptatem facilius vitia surrepunt.</quote> » Ce qui fait dire à ce Philosophe,
qu’il n’y a rien de plus dangereux pour les bonnes mœurs, que les Spectacles.
« <quote>Nihil vero est tam damnosum bonis moribus, quam in aliquo
spectaculo desidere.</quote> » Et quoiqu’il n’ait pas coutume de parler à son
désavantage, il avoue que les Spectacles faisaient de si grands changements dans
son cœur, qu’il en retournait non seulement plus avare, plus ambitieux, plus
amateur des plaisirs et du luxe : mais encore plus cruel et moins
homme ; parce, dit-il, que j’ai été avec des hommes ; « <quote>Avarior redeo, ambitiosior, <pb n="194" xml:id="p194"/>luxuriosior, imo vero crudelior
et inhumanior, quia inter homines fui</quote>. »</p>
<p>Que l’on prouve si on le veut, que les Comédies qui se jouent aujourd’hui ne
peuvent causer que des passions innocentes, et des sentiments raisonnables,
qu’on en conclue qu’il n’y a aucun danger, que ceux qui les représentent, nous
communiquent les mouvements qu’ils expriment ; cela ne s’accorde point du
tout avec l’expérience ; et s’il était ainsi, les gens du siècle pour
qui elles sont faites, ne s’y divertiraient nullement. Mais enfin, quand elles
seraient bonnes en elles-mêmes, c’est-à-dire que sur le papier et dans la
bouche des Acteurs elles n’auraient aucun venin ; on ne saurait dire que
leur représentation avec toutes ses circonstances soit entièrement
innocente.</p>
<p>Les Spectacles sont criminels par leur origine. Le vin, l’insolence, la violence,
et le desir de médire les ont fait naître, ainsi que nous l’avons <pb n="195" xml:id="p195"
/>vu, et que l’a remarqué Tertullien<note n="a" place="bottom" resp="author"> [NDA] <hi rend="i"
>Des Spectacles. ch.</hi> 5.</note>. « <quote>Facit enim hoc ad originis maculam, ne bonum existimes, quod
initium a malo accepit, ab impudentia, a violentia, ab odio.</quote> » L’on sait
quelle est la vie des Comédiens : on sait avec quelle sévérité les Lois
civiles et Ecclésiastiques condamnent leur profession. Les unes ne les
admettent point à la participation des Sacrements, et les autres les déclarent
infâmes. On ne peut donc point sans pécher les entendre, et leur donner
de quoi subsister, puisqu’on ne peut le faire sans les attacher à leur
profession.</p>
<p>On ne va à la Comédie, dit-on ordinairement, que pour y prendre un plaisir
honnête. Tertullien ne peut souffrir cette recherche des plaisirs. Il prouve
invinciblement par ces belles paroles de <hi rend="sc">Jésus-Christ</hi> à ses
Disciples, « <quote>Pendant que le monde se réjouira, vous serez dans la
tristesse</quote> », que l’on ne peut être heureux ici sur la <pb n="196" xml:id="p196"/>terre
et ensuite dans le Ciel, que chacun est heureux et malheureux à son tour.
« <quote>Vicibus disposita res est.</quote> »</p>
<p>Pleurons-donc, dit ce Père, pendant que les gens du monde se réjouissent, afin
que lorsqu’ils commenceront à tomber dans l’état épouventable des douleurs que
la Justice de Dieu leur réserve, nous puissions entrer dans la joie que notre
Seigneur prépare à ses Elus. Car si nous voulons être dans la joie avec eux dans
ce monde, nous serons affligés avec eux éternellement. « <quote>Lugeamus
ergo, dum ethnici gaudent, ut cum lugere cœperint, gaudeamus ; ne
pariter nunc gaudentes, tunc quoque pariter lugeamus.</quote> » Cette Morale est
un peu forte pour les Chrétiens de ce siècle. Accordons à la coutume qu’on peut
aimer les divertissements et les rechercher ; mais aussi ne saurait-on
dénier que les plaisirs criminels ou dangereux, tels qu’on a prouvé qu’est celui
de la Comédie, ne soient <pb n="197" xml:id="p197"/>défendus. Outre les raisons que nous en
avons apportées, l’on peut encore considérer que ce plaisir est contre la nature
des divertissements licites, qui est de fortifier l’esprit en le relâchant, et
de le rendre propre à exercer avec plus de vigueur ses fonctions ordinaires,
et particulièrement celles où la Religion l’engage. Après la Comédie l’on
n’est nullement disposé à la Prière, qui est la principale fonction des
Chrétiens.</p>
<p>Il arrive la même chose à l’esprit qu’aux corps qui ont été mûs avec violence. Le
branle de ce mouvement dure longtemps après l’action qui l’a causé. L’esprit se
trouve encore à la Comédie après que l’on en est sorti, et comme il s’est
accoutumé à des passions violentes, à voir des choses qui le remuent fortement,
il devient insensible aux mouvements du S. Esprit qui sont modérés. Les douceurs
que prennent les bonnes âmes dans la prière, lui semblent fades, ou <pb n="198" xml:id="p198"
/>plutôt il ne les goûte point. Cette raison ne paraîtra pas forte aux gens du
monde ; cependant les Pères de l’Eglise qui connaissaient par la Foi la
nécessité de la prière, l’ont fort pesée et s’en sont servis pour autoriser
la défense qu’ils faisaient aux Chrétiens d’aller aux spectacles.</p>
<p>Il n’est pas possible de marquer ici tous les dangers que l’on court dans les
spectacles. La cupidité y dresse partout des embûches. Non seulement les
Comédiens et les Comédiennes, mais toutes les personnes qui vont à la
Comédie, y paraissent avec tous leurs ornements : ce qui cause de plus
dangereuses chutes, comme dit Tertullien ; « <quote>In omni spectaculo
nullum magis scandalum occurrit, quam ille virorum et mulierum accuratior
cultus.</quote> » La première pensée qu’on a en ces lieux, qui sont l’Eglise du
Diable, comme le même Père les appelle ; <hi rend="i">Ecclesia
Diaboli</hi>, c’est de voir et d’être vu. « <quote>Nemo in spectaculo
incundo <pb n="199" xml:id="p199"/>prius cogitat, nisi videre et videri.</quote> » Ajoutons
à ces raisons la défense que l’Eglise a toujours faite de se trouver aux
spectacles.</p>
<p>C’était autrefois la marque, à laquelle les Païens connaissaient qu’un homme
s’était fait Chrétien, lorsqu’il ne se trouvait point dans ces lieux, et
qu’il en avait aversion. « <quote>De repudio spectaculorum intelligunt
factum Christianum.</quote> » Et l’Eglise n’admettait personne au Baptème, comme
elle fait encore aujourd’hui, qu’après avoir exigé cette promesse, que l’on
renoncerait aux pompes du Diable, qui était le nom qu’on donnait aux spectacles,
selon Tertullien.« <quote>Hæc est pompa diaboli, adversus quam in signaculo
fidei juramus.</quote> » Cette seule défense, quand elle ne serait soutenue
d’aucune raison, ne devrait-elle pas suffire à des Chrétiens pour les détourner
de la Comédie, puisque nous devons une obeissance aveugle à l’autorité de
l’Eglise, et que nous avons <pb n="200" xml:id="p200"/>renoncé à ces divertissements dans le
Baptème ?</p>
<p>Des personnes de piété et d’érudition ont fait voir clairement en différents
Traités qu’ils ont publiés sur cette matière, que la défense de l’Eglise, et
ces promesses du Baptème regardent aussi bien les Comédies de ce temps, que les
spectacles des anciens. Ce qui doit être évident à ceux qui auront lu avec
quelque attention les Réflexions que nous avons faites jusqu’à présent, puisque
les Pices de Théâtre étant composées aujourd’hui avec plus d’art, elles sont
par conséquent plus dangereuses, selon les Réflexions du Chapitre troisième
ci-dessus.</p>
</div1>
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